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SAISIR L'INSTANT

Rapport annuel 2025
Message du PDG

Saisir l’instant

Cette année a été marquée par de profonds bouleversements. Les priorités d’investissement se redéfinissent, les alliances géopolitiques se recomposent et, partout, l’impatience face au statu quo se fait entendre avec une intensité croissante.

Dans ce contexte mouvant, une réalité s’affirme : la place de l’Afrique dans le monde change, tout comme la relation entre nos gouvernements et leurs citoyens. La jeunesse africaine, en particulier, refuse désormais d’être tenue à l’écart. Elle revendique sa place dans les espaces de décision, demande davantage de souveraineté dans les choix politiques, exige plus de transparence de la part des dirigeants et appelle à des solutions de conservation et de développement qui reflètent réellement les priorités du continent. Face à ces attentes, la conservation telle qu’elle est pratiquée en Afrique doit évoluer.

En tant qu’organisation africaine dédiée à la protection de la faune et des écosystèmes à l’échelle internationale, AWF est particulièrement bien placée pour répondre aux enjeux de ce moment décisif. Notre stratégie décennale repose sur un principe simple : renforcer la capacité de décision des Africains et faire de la conservation un levier qui reflète les aspirations des populations du continent Cinq ans après le lancement de cette stratégie, les résultats sont tangibles. Notre approche contribue à renforcer les compétences et la résilience sur le continent, en accompagnant les dirigeants nationaux et locaux dans leurs choix et en intégrant la conservation dans leur planification à long terme.

Les réalisations de l’exercice 2025 illustrent clairement à quel point le leadership africain est essentiel pour obtenir des résultats durables. C’est le fil conducteur de toutes nos actions. Qu’il s’agisse d’élaborer des plans d’investissement pour une croissance verte au Rwanda ou dans le comté de Kajiado au Kenya, de réunir ministres et chefs d’État autour de dialogues politiques, de renforcer l’application des lois sur la faune et la gestion des aires protégées, ou encore de créer des opportunités professionnelles et économiques pour la jeunesse africaine. Dans chacune de ces initiatives, AWF agit pour les populations et la faune du continent en soutenant un leadership local solide et efficace.

À l’échelle du continent, notre collaboration cette année avec l’Union africaine et le réseau des directeurs des aires protégées d’Afrique a confirmé une réalité que nous constatons chaque jour : l’Afrique est à son meilleur lorsque ses institutions sont prêtes, ses positions cohérentes et ses décisions étayées par des données fiables. Cette dynamique est essentielle, car l’Afrique entre dans une nouvelle ère d’influence mondiale. La question n’est plus de savoir si le continent exercera un leadership, mais comment, et surtout si ce leadership reposera sur des investissements de long terme, une gouvernance solide et la conviction que la conservation est un pilier de la stabilité et de la prospérité africaines. AWF est aux côtés des dirigeants du continent pour les accompagner dans des choix qui ouvrent la voie à un avenir où les populations et la faune s’épanouissent ensemble.

Je vous invite, à travers ce rapport, à découvrir comment nous contribuons à façonner des choix stratégiques pour valoriser la faune et les terres sauvages, portés par un leadership informé, des partenariats solides et une responsabilité partagée envers les peuples et la nature d’Afrique.

Rien de tout cela ne serait possible sans le soutien indéfectible de nos partenaires et alliés stratégiques, dont vous faites partie. Ensemble, nous pouvons bâtir un avenir où la conservation n’est plus perçue comme une contrainte extérieure, mais comme un véritable moteur de croissance économique.

Asante sana,
Signature de Kaddu Sebunya.
Kaddu Sebunya
PDG, AWF
Autriche : Le PDG de AWF, Kaddu Sebunya, lors du Salzburg Global Weekend 2025.

Notre singularité

AWF porte une vision qui transforme durablement le continent en intégrant la conservation dans les modèles de développement, grâce à des stratégies fondées sur les ambitions africaines de croissance durable et sur les valeurs culturelles qui unissent les communautés à la nature.

Nous mettons l'accent sur le rôle moteur– et la responsabilité – de l'Afriquedans les choix qui visent à protéger notre patrimoine naturel. Et nous reconnaissons l'importance d'un partenariat avec une communauté internationale qui partage notre objectif : bâtir un avenir où les populations humaines et la faune sauvage puissent s'épanouir.

En tant qu'ONG internationale de protection de la nature en Afrique, notre action vise à assurer le bien-être des populations et de la faune sauvage africaines. Tout commence par la confiance.
KENYA : PARC NATIONAL D'AMBOSELI

Mettre notre approche en pratique : Aménager des espaces favorables à la faune sauvage

En partenariat avec le gouvernement du Rwanda, AWF met en œuvre un modèle innovant qui fait de la restauration des écosystèmes un levier de réduction de la pauvreté et de croissance verte. Il ne s’agit ni de préserver la nature malgré le développement, ni de développer au détriment de la nature. C’est une approche fondée sur les droits, qui valorise les communautés locales en tant qu’acteurs incontournables et gardiens de leur patrimoine naturel.

Finalisé en mars 2024, le plan directeur intégré de conservation et de développement trace une feuille de route permettant au Rwanda d’étendre l’habitat des gorilles dans le Parc national des Volcans tout en stimulant une économie régionale fondée sur la biodiversité. Cette année marque un tournant : les gorilles utilisent désormais 27 hectares de terres restaurées qu’AWF a mis à disposition du Parc national des Volcans. En parallèle, un programme d’incubation d’entreprises, lancé avec Inkomoko, accompagne les entrepreneurs locaux en leur apportant compétences et capital pour développer des activités compatibles avec la conservation. Le nouveau Centre horticole de l’Association communautaire des Volcans génère des emplois durables et confirme la solidité économique d’une agriculture à forte valeur ajoutée.

Ces initiatives ne sont pas des projets isolés : elles constituent les éléments intégrés d’une stratégie unique et cohérente.

Rwanda : Gorille de montagne sur une parcelle mise à disposition par AWF, restaurée en vue de son intégration au Parc National des Volcans.

LA SCIENCE EN 2025

Éthiopie : Bouquetin d’Abyssinie © Kevin Dooley, Prix Benjamin Mkapa de la photographie de la vie sauvage africaine en 2021

Faune sauvage

Nous avons assuré le suivi de 41 populations d’espèces prioritaires, en analysant les données de terrain et d’autres sources afin d’identifier les menaces pesant sur chacune d’elles. Ces populations ont été retenues, car leur viabilité constitue un baromètre essentiel de la santé des écosystèmes et de la sécurité de la faune sauvage.

En parallèle du suivi des espèces clés, nous avons renforcé les capacités des services chargés de l’application de la loi pour détecter, dissuader, enquêter et poursuivre les crimes liés à la faune sauvage. Nous avons également soutenu une gestion efficace de la faune en proposant des formations pratiques et des ressources aux autorités nationales et aux écogardes communautaires, contribuant ainsi à l’élaboration de politiques nationales en matière de conservation.

En Éthiopie, nous avons apporté un soutien technique et financier à l’élaboration du premier Plan national de rétablissement et d’action pour le bouquetin d’Abyssinie, en collaboration étroite avec Ethiopian Wildlife Conservation Authority (EWCA), et avec l’ensemble des parties prenantes. En Ouganda, nous avons soutenu l’évaluation des populations de girafes menée par l’Uganda Wildlife Authority (UWA) dans le parc de Kidepo et fait progresser le programme de réintroduction du rhinocéros en formant des rangers des paysages de Kidepo et de Murchison au suivi et à la gestion des rhinocéros. Au Kenya, nous sommes membres des comités nationaux pour les rhinocéros et les éléphants et apportons notre expertise sur les stratégies de développement économique impactant les zones de déplacement de la faune sauvage et les services écosystémiques, y compris la formulation de la Wildlife Conservation and Management Act 2025.

À l’échelle régionale, nos scientifiques ont participé cette année au comité d’examen de l’évaluation du statut vert de l’UICN pour le lion du Nord (Afrique de l’Ouest et Afrique centrale).

CAMEROUN : PHOTOS DE PIÈGES PHOTOGRAPHIQUES INSTALLÉS À FARO ET À CAMPO MA’AN.

Géographie de la conservation

L’équipe de Géographie de la conservation met à profit l’analyse géospatiale pour renforcer la planification, le suivi et l’apprentissage à toutes les échelles. Cette année, nous avons renforcé l’usage de traitements puissants basés sur le cloud via Google Earth Engine pour analyser les tendances de la végétation et évaluer l’impact de nos programmes, en tirant parti de plusieurs décennies d’imagerie satellitaire. Nous avons également lancé une collaboration technique exploratoire avec le Allen Institute for Artificial Intelligence, afin de tester de nouvelles approches de cartographie de l’occupation et de l’utilisation des sols.

Nos analyses SIG soutiennent désormais un partenariat stratégique avec le comté de Kajiado (Kenya), qui a sollicité AWF pour l’accompagner dans l’élaboration d’un plan directeur visant à promouvoir une croissance économique durable, ancrée dans la relation historique de la communauté Maasaï avec Amboseli National Park. Dans ce cadre, l’équipe a élaboré des analyses spatiales participatives portant sur les changements d’utilisation des terres, leurs éventuels impacts et la dynamique de fréquentation touristique dans l’ensemble du grand écosystème d’Amboseli. Nous avons également accompagné les organisations partenaires du paysage dans l’adoption et l’utilisation de logiciels SIG. Par ailleurs, notre partenariat avec les autorités de la faune sauvage et d’autres partenaires dans les paysages de Faro (Cameroun) et des montagnes du Simien (Éthiopie) permet de consolider une approche plus rigoureuse, cohérente et reproductible du suivi spatial. Enfin, au Rwanda, la modélisation de scénarios aide le gouvernement à défendre un plan de croissance verte plus durable, mettant l’accent sur la protection des zones humides et des forêts afin d’améliorer la qualité de l’eau, les débits et la résilience climatique.

Kenya : comté de Kajiado

Sauvetage de la faune sauvage : Cameroun

Un lézard, deux singes et trois tortues : ce tableau pourrait évoquer une fable, mais il s’agit d’une opération de sauvetage bien réelle, conduite en mars 2025 dans la Réserve de faune du Dja, au Cameroun. C’est l’une des 29 interventions menées dans ce paysage au cours de l’année. Les animaux ont été secourus lors d’une opération anti‑braconnage pilotée par l’autorité camerounaise de la faune (MINFOF), en partenariat avec AWF et soutenue par l’Union européenne et l’UNESCO. Ils ont ensuite été pris en charge au zoo de Mvog-Betsi.

SINGE DE DE BRAZZA
TORTUES ARTICULÉES DES FORÊTS

Zoom sur un Boursier

IGNATIOUS KUDAKWASHE MAERESA

Boursier du programme AWF–Wall 2024
Le boursier du programme AWF–Wall consacré aux politiques de conservation, Ignatious Maeresa, est le fondateur d’une organisation à but non lucratif basée au Zimbabwe qui rend accessibles les enjeux complexes de la conservation aux jeunes vivant dans des communautés isolées. À ce jour, il a collaboré avec 200 jeunes champions dans des communautés rurales de l’Ouest du Zimbabwe, à proximité du Parc National de Hwange. Les compétences et l’expérience acquises lors de sa bourse 2024 lui ont permis de les initier aux cadres internationaux de conservation, tels que les conventions de Ramsar et de la CITES, reliant ainsi l’action locale aux politiques mondiales. Les ambitions de Maeresa ne s’arrêtent pas là : il milite également pour criminaliser la destruction intentionnelle ou négligente de l’environnement, appelée « écocide », et pour la reconnaissance juridique des droits des peuples autochtones dans le cadre de la législation zimbabwéenne sur la conservation.

COLLABORATION AVEC DES PARTENAIRES MONDIAUX

Kenya : Siège de AWF — Formation des Points Focaux Opérationnels du FEM.
Le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) est le principal bailleur mondial dédié à la conservation de la biodiversité. Grâce à son financement, les pays en développement peuvent relever des défis environnementaux complexes et progresser vers les objectifs internationaux. Au cours des trente dernières années, le FEM a investi 7,7 milliards de dollars en Afrique et mobilisé plus de 50 milliards de dollars supplémentaires auprès d’autres partenaires. Un financement de 1,7 milliard de dollars est en discussion dans le cadre du nouveau cycle budgétaire. Au début de l’année 2025, AWF et le FEM ont engagé un partenariat visant à garantir que ces investissements se traduisent par des avancées environnementales concrètes et durables sur le terrain.

Grâce à son ancrage communautaire, à son expérience opérationnelle et à son influence, AWF a été sollicité par le FEM pour renforcer l’appui apporté aux représentants des gouvernements africains chargés du FEM, appelés points focaux opérationnels, autour de deux priorités : Premièrement, en les aidant à faire en sorte que les programmes du FEM dans leurs pays soient cohérents avec les engagements pris dans le cadre des conventions environnementales internationales. Deuxièmement, en les accompagnant pour utiliser les financements du FEM comme levier afin d’intégrer les enjeux environnementaux dans les priorités de développement et les stratégies de croissance.

Cette année, nous avons collaboré avec des points focaux opérationnels provenant de 29 pays. Parmi les points focaux engagés, Barthélemy Lamba, représentant la République Centrafricaine, est revenu sur l’impact de la collaboration entre AWF et le FEM dans son travail.
Quel est le rôle d’un point focal opérationnel ?

Barthélemy Lamba :
Le point focal opérationnel (PFO) sert d’interface entre un pays et le Secrétariat du FEM ; dans mon cas, il s’agit de la République centrafricaine. Le PFO renforce la communication afin de mettre en avant les activités soutenues par le FEM, et nous aidons les agences et les parties prenantes nationales à intégrer les recommandations issues des évaluations pour garantir une mise en œuvre efficace des projets. Cela inclut la coordination des projets environnementaux et le maintien d’une liaison étroite avec les partenaires nationaux — notamment les ministères concernés, les partenaires techniques et financiers, les organisations de la société civile et le secteur privé.

Quel problème le FEM cherchait-il à résoudre en s’associant à l’AWF ?

Lamba : Dans la pratique, les PO peuvent se heurter à des contraintes dans la supervision des portefeuilles du FEM — en particulier lorsque les fonds alloués à la supervision sont limités, ou lorsque les agences de mise en œuvre sont incapables (ou réticentes) à partager les données et informations relatives aux projets. C’est pourquoi il est essentiel de renforcer le rôle de supervision des OFP.

Grâce à ce partenariat, le FEM a collaboré avec l’AWF pour soutenir les OFP afin que nous puissions superviser efficacement les portefeuilles de projets financés par le FEM. Cela s’inscrit dans la stratégie d’engagement des pays du FEM-8, qui vise à donner aux pays les moyens de s’approprier leurs portefeuilles et d’en maximiser l’impact. Pour nous, ce soutien est arrivé exactement au bon moment. Il aide les OFP à fonctionner avec une plus grande autonomie, ce qui rend la supervision plus efficace et permet aux fonds d’atteindre les bénéficiaires directs visés.

Qu’est-ce qui a changé depuis que vous avez suivi la première formation en avril 2025 ?

Lamba : La formation a fourni aux OFP des outils pratiques et actualisés pour renforcer la supervision des projets environnementaux essentiels. Les sessions informelles organisées pendant la formation ont aidé les OFP à améliorer leur collaboration et leur communication avec les ministères concernés, les chefs de projet, les agences d’exécution et entre eux. Je suis désormais mieux armé pour mener à bien des missions de contrôle et assurer un suivi qui favorise la responsabilité, la transparence et la viabilité à long terme des investissements du FEM.

À l’avenir, comment voyez-vous évoluer le rôle et l’importance des investissements du FEM dans votre pays ?

Lamba : Le FEM continue d’évoluer, passant d’un mécanisme mondial de financement de l’environnement à un catalyseur et un innovateur. Ses investissements se concentreront davantage sur l’atténuation du changement climatique et la résilience, tout en intégrant la participation du secteur privé. Lorsque cela se produira, l’accent sera mis sur des solutions intégrées qui relient la biodiversité, le changement climatique, la dégradation des terres et le développement durable.
Barthélemy Lamba, point focal du FEM pour la République Centrafricaine (RCA).

COMMENT LA CONSERVATION
FAVORISE LA

PAIX ET STABILITÉ

Cameroun : Oumma Djaoudji sensibilise les femmes du paysage de Faro à l’importance de la conservation.
L’éleveuse peule Oumma Djaoudji, dans le paysage transfrontalier de Faro au Nord du Cameroun, participe à une initiative soutenue par AWF qui a permis de réduire de 62 % des conflits entre éleveurs et agriculteurs locaux. Ce modèle est aujourd’hui étendu à d’autres zones, comme le complexe des aires protégées de Bili‑Uélé en République Démocratique du Congo. 
Faro abrite une faune sauvage particulièrement riche, notamment des éléphants et la plus grande population d’hippopotames d’Afrique Centrale et Occidentale. La transhumance saisonnière, c’est‑à‑dire le déplacement du bétail, entraîne le surpâturage et la déforestation, menace la faune sauvage, détruit les cultures et accentue la compétition pour les ressources.  

Djaoudji fait partie des quatre femmes désignées par leur communauté pour diriger l’Association pour la gestion pacifique de la transhumance (TANGO), un réseau local de diplomatie qui facilite la médiation entre éleveurs et communautés grâce à un dialogue bilatéral et à une sensibilisation adaptée aux réalités culturelles. Des groupes traditionnellement en conflit autour de l’usage des terres collaborent désormais pour mettre en place des corridors de passage et des zones de pâturage améliorées destinées au passage et au pâturage saisonnier du bétail.

Grâce à un financement du programme NaturAfrica de l’Union européenne, AWF a récemment introduit l’approche TANGO dans le paysage de Bili‑Uélé en République Démocratique du Congo, où les tensions sont exacerbées par l’arrivée d’éleveurs transhumants et de réfugiés fuyant les conflits et les pressions climatiques.

En associant expertise technique, informations de terrain et observations issues de survols aériens, AWF collabore avec les autorités congolaises de la faune pour cartographier les routes pastorales et les zones de pâturage transfrontalières. Cette cartographie fournit une base de données essentielle pour engager le dialogue avec les éleveurs et proposer des zones de pâturage alternatives.

« Nous n’avons pas besoin de réinventer la roue », souligne Godefroid Azanga, agent de transhumance pour AWF en RDC. « Nous nous inspirons de l’expérience de Faro. Et, pas à pas, nous atteindrons leur niveau. »

L’éleveur Ardo Moussa a quitté la République Centrafricaine en 2017, avant de se retrouver en conflit avec les communautés locales de Bili‑Uélé. Il explique que le partenariat TANGO contribue à apaiser les tensions en lui faisant mieux comprendre l’importance de maintenir son bétail en dehors des aires protégées et des terres communautaires.

« Nous sommes appelés à respecter les zones telles qu’elles sont délimitées », dit‑il. « Que l’aire protégée reste entre les mains de [l’autorité de la faune]. De la même manière que nous veillons sur nos animaux, eux aussi veillent sur les leurs. »
Cameroun : Paysage de Faro

Zoom sur les partenaires

Les agriculteurs Sere Etienne et Mango’o Clautilde vivent à proximité de la Réserve faunique du Dja, au Cameroun. L’an dernier, leur récolte annuelle de cacao leur a rapporté plus de 3 000 dollars américains, soit près du double du revenu moyen par habitant dans le pays. L’avenir s’annonce prometteur pour ce couple qui aspire à développer sa ferme familiale en combinant savoirs traditionnels et formations soutenues par AWF afin de restaurer les terres dégradées et cultiver du cacao sous couvert d’arbres indigènes. Les revenus agricoles du couple sont renforcés par l’activité artisanale de Clautilde, qui produit du savon naturel grâce aux compétences acquises lors des formations proposées par AWF et le commercialise désormais sur le marché local. Etienne participe activement à la conservation en accompagnant les écogardes lors de patrouilles qui visent à prévenir l’exploitation forestière illégale et le braconnage.
Un mouvement continental est né lorsque AWF a contribué à créer le tout premier club de la faune sauvage en Afrique, au Kenya, à la fin des années 1960. À ce jour, des milliers de clubs existent à travers le continent et sensibilisent les élèves du primaire et du secondaire grâce à des programmes parascolaires. Récemment, AWF a renforcé cet héritage en créant un partenariat national d’éducation à la conservation avec les Wildlife Clubs of Kenya (WCK). Le programme pilote, lancé cette année dans 137 écoles de la zone géographique de Tsavo, a considérablement élargi la portée de WCK dans cette zone rurale. Au cœur de ce partenariat se trouve le Dr George Njagi, qui coordonne les efforts nationaux de WCK pour renforcer l’éducation à la conservation et stimuler la sensibilisation environnementale chez les jeunes générations. Il se consacre à la conception et à la mise en œuvre de programmes scolaires et communautaires qui ont de l’impact, visant à renforcer les connaissances, stimuler l’engagement et préparer les futurs leaders de la conservation. 
Pour l’ancienne agricultrice Mukarwego Agnes, vivre à proximité du parc national des Volcans au Rwanda était synonyme de conflit permanent avec une faune sauvage qui ravageait ses cultures. La conservation apparaissait alors comme un fardeau plutôt qu’une opportunité. Dans le cadre de la stratégie nationale visant à étendre l’habitat des gorilles tout en développant une économie verte régionale, sa famille a été choisie pour être relocalisée dans un village moderne.


Si le projet a d’abord suscité du scepticisme, la perception a évolué grâce aux formations ciblées et aux initiatives d’engagement communautaire menées par AWF en partenariat avec le Rwanda Development Board (RDB). Un programme d’incubation d’entreprises a permis à Agnes de franchir un cap décisif, passant de l’agriculture traditionnelle à l’agro‑industrie. Elle achète désormais des pommes de terre auprès des producteurs locaux, les stocke et les revend en gros. Son activité a démarré avec environ 200 kilos de pommes de terre. Grâce à un fonds de roulement soutenu par AWF et RDB, elle a obtenu un prêt qui a plus que doublé son investissement initial. Aujourd’hui, Agnes finance les frais de scolarité de ses enfants grâce aux bénéfices de son entreprise et elle ne subit plus la pression quotidienne de la faune sauvage.
Avec une production annuelle moyenne d’environ 130 000 tonnes, Kilombero Sugar Company assure près de 40 % de l’approvisionnement en sucre de la Tanzanie. Depuis 2015, AWF collabore avec Kilombero Sugar Company dans le cadre du programme IUCN‑SUSTAIN, afin de concilier expansion agricole, restauration des bassins versants et protection des corridors fauniques. 

En tant que spécialiste des relations sociales au sein de l’entreprise, Mebo Kanyabuha travaille avec les producteurs de canne à sucre et les parties prenantes locales pour renforcer les capacités des agriculteurs, améliorer les pratiques d’utilisation des terres et accroître la conformité environnementale. Cette année, Kanyabuha a mobilisé plus de 11 000 petits exploitants agricoles à travers des coopératives renforcées par AWF. En 2024, les petites exploitations ont contribué à 53 % de l’approvisionnement total en canne de l’entreprise. 
En 2022, AWF s’est associée à des responsables de la conservation à travers l’Afrique autour d’une ambition majeure : créer un réseau permettant aux dirigeants de partager leurs expériences et de défendre les besoins des 8 932 aires protégées et zones de conservation officiellement répertoriées à l’échelle du continent. Ce groupe, connu sous le nom d’Africa Protected Area Directors (APAD), s’est imposé comme une plateforme essentielle afin de structurer la collaboration entre les responsables d’aires protégées à l’échelle africaine. Aujourd’hui, AWF assure le rôle de secrétariat du réseau et accompagne des leaders tels que Omer Ntougou Ndoutoume. Ntougou Ndoutoume est Secrétaire exécutif du système des parcs nationaux du Gabon, où il supervise la gestion administrative, financière et opérationnelle ainsi que la mise en œuvre des politiques de conservation. En tant que coprésident du réseau APAD, il contribue à sa coordination stratégique, représente les intérêts des directeurs d’aires protégées d’Afrique Centrale et promeut la coopération régionale en faveur d’une gestion durable de ces espaces.

LE RÔLE DES RESSOURCES
HYDRIQUES DANS LA

RÉSILIENCE DES
ÉCOSYSTÈMES

Kenya : un point d'eau désenvasé dans la réserve de Lumo, qui constitue un point d'accès vital à l'eau pour la faune sauvage et le bétail.
En Afrique de l’Est, l’eau est synonyme de vie. La région subit l’influence conjuguée du changement climatique, de la sécheresse et des inondations, tandis que la concurrence pour une ressource limitée pèse sur les écosystèmes fragiles, les communautés qui en dépendent et la faune sauvage. Pour AWF, relever ces défis passe par le renforcement des partenariats et la promotion de solutions innovantes, menées par les communautés, afin d’assurer la pérennité de cette ressource vitale. 

En Tanzanie, dans le Centre‑Sud du pays, la vallée de Kilombero approvisionne plus de 400 000 personnes en eau potable et fait partie d’une région fertile qui contribue largement à l’approvisionnement alimentaire national. C’est à la fois une zone humide d’importance internationale et un corridor écologique essentiel pour les éléphants. Des rivières comme la Mchombe sont vitales pour la biodiversité et l’agriculture de la vallée.  

Il y a plus de quinze ans, AWF a affirmé que la conservation à Kilombero est indissociable de la santé de ses systèmes hydriques. Dans le cadre du programme Sustainability and Inclusion Strategy for Growth Corridors in Africa (SUSTAIN‑Africa), dirigé par l’UICN, AWF a soutenu la planification de l’utilisation des terres afin de préserver les principaux corridors fauniques et a travaillé avec les agros‑entreprises locales, les agriculteurs et les communautés pour promouvoir l’agriculture durable et la restauration des rivières. 

Pour l’agricultrice Naomi Kassim Mayowera, dont les terres bordent la Mchombe, la rivière est essentielle à la survie. « Sans la rivière, nous n’avons rien », dit‑elle. « Elle nourrit nos champs, nos animaux et nos familles. La protéger, c’est protéger notre avenir. »

Depuis 2021, Mayowera est membre d’une association locale d’usagers de l’eau dont les 30 membres partagent une mission unique : préserver la rivière Mchombe. Les associations d’usagers de l’eau comme celle de Mayowera constituent un pilier de la stratégie de la fondation AWF pour la santé et la restauration des bassins versants. Elles surveillent l’état de la rivière en suivant la température de l’eau, les indicateurs de pollution et le comportement des insectes, autant de signaux d’alerte précoces en cas de dégradation. La communauté de Mayowera s’est également engagée dans la reforestation, plantant plus de 1 400 arbres indigènes le long des berges afin de prévenir l’érosion des sols et de créer une zone tampon naturelle pour la rivière. 

« La rivière Mchombe est le cœur de notre communauté », explique Leonard Kisihanga, président du Comité des ressources en eau. En la protégeant, nous ne faisons pas que préserver nos moyens de subsistance, nous assurons l’avenir de nos enfants et de notre faune sauvage. »
Tanzanie : Naomi Kassim Mayowera (au centre‑droit) aux côtés d’autres membres d’une association locale d’usagers de l’eau dans le district de Kilombero.
À plusieurs centaines de kilomètres au Nord de la vallée de Kilombero, le paysage transfrontalier de Tsavo‑Mkomazi (entre le Kenya et la Tanzanie) est lui aussi confronté au stress hydrique, en particulier après les graves sécheresses de 2020 et 2022. Ce paysage abrite le parc national de Tsavo, la plus grande aire protégée du Kenya, qui accueille un tiers des éléphants du pays et près d’un cinquième de ses rhinocéros noirs. Des dizaines de milliers de personnes dépendent des ressources naturelles de cette région. Le changement climatique a entraîné des pluies imprévisibles, un raccourcissement des saisons humides, des températures en hausse et des périodes de sécheresse prolongées. La déforestation dans les collines de Taita et de Chyulu, qui fournissent 60 % de l’eau du parc national de Tsavo, a réduit l’écoulement de l’eau disponible pour la faune sauvage du parc.

Avec le soutien de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida) et de la Tui Foundation, AWF collabore avec les dirigeants locaux, les communautés et les organisations locales pour restaurer les systèmes hydriques. Cette action vise à améliorer la sécurité de l’eau pour les populations comme pour la faune sauvage.
L’un de ces leaders locaux est Simon Mwakio, chef d’une communauté agricole dans les collines de Taita. Mwakio s’est donné pour mission de contribuer à la restauration de la rivière Bura, qui prend sa source dans les forêts au sommet des collines avant de s’écouler vers la Lumo Conservancy, un corridor essentiel reliant le parc national de Tsavo Ouest à celui de Tsavo Est. Il estime que des communautés comme la sienne doivent être les gardiennes du paysage, et non de simples témoins de son déclin.

AWF travaille avec Mwakio et d’autres acteurs pour réactiver l’Association des usagers des ressources en eau de la rivière et la Vuria Community Forest Association, soutenant ainsi le leadership local nécessaire à une restauration durable sur le long terme. Dans la forêt près de la source de la rivière, des lampes solaires ont été introduites, améliorant la vie des villageois tout en réduisant leur dépendance au bois de feu. 

Des arbres fruitiers plantés le long des berges de la Bura réduisent l’érosion, et les membres des associations dégagent les cours d’eau détournés ou obstrués par les sédiments et la végétation. L’amélioration du débit de la rivière profite aux agriculteurs installés le long de ses berges, et davantage d’eau atteint désormais la faune de la Lumo Conservancy, autant de résultats qui confirment le message de résilience du chef Mwakio. « Ces avancées montrent comment l’action collective peut assurer notre avenir… même s’il reste encore beaucoup à faire », dit‑il. « Le changement climatique est une réalité, mais ensemble nous pouvons restaurer notre terre. »

Le Directeur de paysage d’AWF, Kenneth Kimitei, partage cet optimisme. « Cela fait vingt ans que je suis ici », explique‑t‑il. « Au cours des dix prochaines années, j’entrevois une transformation dans notre manière d’utiliser l’eau. Si la rivière retrouve son cours jusqu’aux plaines, soutenant à la fois la faune sauvage et les communautés, alors l’avenir s’annonce prometteur. »
Kenya : Le paysage de Tsavo fait partie d’une vaste région semi‑aride du Sud‑Est du Kenya, caractérisée par des brousses sèches, des affleurements rocheux volcaniques et des plaines.

INDEX DE NOS TRAVAUX

Cameroun : Paysage du Dja

Message du Président du Conseil

Lorsque nous avons lancé notre stratégie décennale en 2020, nous étions loin d’imaginer qu’une pandémie mondiale surviendrait ou qu’un profond bouleversement de l’aide publique au développement se produirait. Ces événements n’ont pourtant fait que confirmer le principe central de notre théorie du changement : Les Africains doivent être au cœur des décisions concernant l’avenir du patrimoine naturel du continent.

Nous arrivons cette année à mi‑parcours de cette stratégie, fondée sur la conviction que la protection durable de la faune sauvage africaine passe par une influence plus déterminante sur les processus de décision au sein des sociétés africaines. Au cours des cinq dernières années, ce contexte nous a amenés à investir résolument dans le développement du leadership en conservation et dans des modèles qui associent la protection de la nature au bien‑être durable des populations.

Les efforts considérables engagés par notre organisation pour se recentrer et redéfinir ses priorités portent aujourd’hui leurs fruits. Nos dépenses ont augmenté, passant d’un peu plus de 30 millions de dollars en 2020 à moins de 38 millions en 2025, créant ainsi une base solide pour relever les nouvelles réalités mondiales. Face à ces réalités, nous sommes aujourd’hui bien préparés à les affronter, et je suis fier du rôle de leadership qu’AWF joue sur le continent en soutenant les dirigeants africains et leurs institutions dans le renforcement de leur impact en matière de conservation.

Comme en témoignent les récits présentés dans ce rapport annuel, notre engagement en faveur de partenariats solides avec les autorités de la faune, les communautés et les organisations locales se traduit par des avancées substantielles pour la protection de la biodiversité. Les efforts que nous déployons pour rapprocher la conservation des ambitions des populations rurales africaines portent leurs fruits, tout comme notre approche fondée sur les droits, qui vise à renforcer la gouvernance, la paix et la stabilité dans les zones de conflit.

Certes, il incombe à l’Afrique de protéger son patrimoine naturel, mais nous ne pouvons réussir sans le soutien de partenaires du monde entier. Les ressources naturelles de l’Afrique sont d’une importance capitale pour le monde entier. La façon dont l’Afrique valorise sa faune et ses terres sauvages interpelle tous ceux qui se préoccupent de l’équilibre de la planète, reconnaissent le rôle de la conservation dans le développement ou admirent les espèces emblématiques qui font la renommée du continent. En conjuguant nos efforts, nous avons la capacité de façonner un avenir où les populations et la faune d’Afrique prospèrent ensemble.

 Cordialement,
Larry Green Signature
Larry Green
Président du Conseil, AWF
Larry Green a achevé son mandat de président du conseil d’administration de AWF en mars 2026 et continue d’y siéger en tant qu’administrateur. Laura Kohler a été élue Présidente le 5 mars 2026.

Conseil d'administration

Larry Green (président)
Stephen Golden (vice-président)
Akhil Bhardwaj
Mark Burstein
Payson Coleman
S.E. Hailemariam Desalegn Boshe
Lynn Dolnick
D. Gregory B. Edwards
Mary Glasser
Donald Gray
Le très honorable Lord Chris Grayling
Marleen Groen
Heather Sturt Haaga
Gilles Harerimana
Christine Hemrick
Catherine Herring
S.E. Mahamadou Issoufou
Stephen Juelsgaard
Laura Kohler
Andrew Malk
Charles Mbire
Veronica Meinhard
S.E. Festus Mogae
Christopher Murray
Shingai Mutasa
Phoebe Reaumond
Emery Rubagenga
Anne Scott
Kaddu Sebunya (PDG)
Craig Sholley
Fred Steiner
Christopher Tower
Pierre Trapanese
Maria Wilhelm

Conseils d’administration nationaux

Canada

Catherine Herring (présidente)
Sheena Chandaria
Colin Chapman
Alain-Désiré Nimubona
Mark Ponter
Kaddu Sebunya

Conseil d'administration du Kenya

Dr Mohanjeet Brar (président)
Kaddu Sebunya (secrétaire)
Judy Gona
Jacqueline Hinga
Ali Kaka
Mutuma Marangu

Conseil d'administration du Royaume-Uni :

Gilles Harerimana (président)
D. Gregory B. Edwards
Rt. Hon. Lord Chris Grayling
Marleen Groen
Heather Sturt Haaga
Christopher Murray
Kaddu Sebunya
Junko Sheehan
Marcel Stötzel 

Administrateurs émérites

Heather Sturt Haaga (présidente émérite)
E.U. Curtis Bohlen
Joan Donner
Leila S. Green
John H. Heminway
Janet et William « Wilber » James
Dennis J. Keller
Robert King
Victoria Leslie
Henry P. McIntosh IV
David E. Thomson
Charles R. Wall
Les listes des administrateurs et des membres des conseils reflètent à la fois ceux qui ont siégé durant l’exercice fiscal 2025 et ceux en fonction au moment de la publication, au cours de l’exercice fiscal 2026.

États Financiers

Depuis la création de l’organisation AWF il y a plus de 60 ans, nous assurons une gestion responsable de vos contributions, au service de la faune et des espaces naturels d’Afrique.

Efficacité Organisationnelle

Répartition des Revenus

NOTRE VISION
NOS VALEURS
Une Afrique où faune et terres sauvages prospèrent et s’intègrent harmonieusement dans un développement durable, constituant un atout culturel et économique au bénéfice des générations africaines présentes et futures.
ÉQUILIBRE
Nous reconnaissons la valeur intrinsèque de la faune et son existence en harmonie avec les populations et leurs besoins. 
AUTODÉTERMINATION
Nous renforçons les autres afin d’accomplir ce qu’aucun individu ne peut réaliser seul.
INNOVATION
Nous favorisons des approches novatrices pour façonner l’avenir de l’Afrique moderne.
LEADERSHIP
Nous valorisons le potentiel illimité des Africains à concevoir et à diriger des solutions pour le continent et le monde.
ESPRIT INCLUSIF
Nous encourageons la diversité dans nos partenariats, seule garantie du succès de notre mission.
Nous vous sommes extrêmement reconnaissants de vos contributions et de votre participation à la communauté AWF; ces deux éléments sont essentiels à nos efforts visant à garantir que la faune et les terres sauvages prospèrent dans l'Afrique moderne.

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L'African Wildlife Foundation, dont le siège se trouve à Nairobi, au Kenya, est une organisation enregistrée au titre de l'article 501(c)(3) aux États-Unis et un organisme caritatif agréé au Royaume-Uni et au Canada. Dans les limites prévues par la loi, votre don est déductible des impôts dans toute la mesure du possible. À des fins fiscales, notre numéro EIN est le 52-0781390.

Sauf indication contraire, toutes les photos sont l'œuvre de l'AWF.